Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), fréquent et sous-diagnostiqué chez les personnes âgées, a pour traitement la pression positive continue (PPC), sans limite d’âge. La tolérance (confort, effets secondaires liés au masque ou à la pression) et l’observance (usage ≥ 4h/nuit) dépendent de facteurs comme la dépression, l’insomnie ou l’éducation thérapeutique. Une prise en charge globale, individualisée et multidimensionnelle, centrée sur l’éducation, est essentielle.
Introduction
Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) est une affection fréquente dans la population générale.
Les études montrent une prévalence accrue du Sahos avec l’âge et, malgré cette prévalence élevée, il reste sous–diagnostiqué en raison d’une méconnaissance des caractéristiques gériatriques de cette maladie et de la fréquence des comorbidités qui peuvent s’aggraver en raison des troubles respiratoires nocturnes, mais aussi masquer les symptômes nécessaires à un diagnostic positif.
Le traitement repose principalement sur la ventilation en pression positive continue (PPC).
Le syndrome d’apnée obstructiVE du sommeil
Définitions et mécanismes
Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS) est un trouble du contrôle respiratoire caractérisé par des obstructions répétées des voies aériennes supérieures pendant le sommeil, entraînant des apnées/hypopnées fréquentes avec désaturation cyclique en oxygène et micro-réveils.
Le sommeil est fragmenté et non réparateur.
Diagnostic et classifications
Le diagnostic est fait avec la polygraphie ventilatoire mais le mieux est la polysomnographie qui permet l’analyse des stades de sommeil et de déterminer les micro-réveils.
Le syndrome d’apnée du sommeil (SAOS) léger est défini par l’indice d’apnée et d’hypopnée par heure entre 5 et 15 ; le syndrome d’apnée du sommeil modéré, par l’indice d’apnée et d’hypopnée entre 15 et 30 par heure ; enfin, le syndrome d’apnée du sommeil sévère, par l’indice d’apnée et hypopnée supérieur à 30 par heure.
Ce n’est pas tout…
D’autres facteurs interviennent dans la sévérité du syndrome d’apnée du sommeil et permettent une stratification plus précise du risque cardiovasculaire des patients avec un Sahos et prédisent la réponse à la PPC comme l’indice de désaturation, la charge hypoxique, le delta de la fréquence cardiaque correspond à la différence entre la fréquence cardiaque maximale (activation sympathique) à la fin d’un événement respiratoire et la fréquence minimale (activation parasympathique) pendant l’événement, le Pwad (au nombre de chutes d’amplitude ≥ 30 % de l’onde pulsatile (mesuré par oxymétrie de pouls) par heure de sommeil, reflétant la vasoconstriction péri-phérique due à l’activation sympathique.
Le contexte gériatrique
Démographie et vieillissement
• Le nombre de personnes âgées en France augmente (Fig. 1).
• Les personnes âgées de 60 ans et plus sont au nombre de 15 millions aujourd’hui.
• Elles seront 20 millions en 2030 et près de 24 millions en 2060.
• Le nombre des plus de 85 ans passera de 1,4 million aujourd’hui à 5 millions en 2060 [1].

Le vieillissement est un processus continu et progressif d’altération naturelle. Classiquement, l’âge de 65 ans est considéré comme le début de la vieillesse. Le vieillissement normal consiste en une évolution physiologique des organes avec l’âge. Le vieillissement réussi consiste, lui, à repousser ou à réduire les effets non souhaités du vieillissement, maintenir un état de santé physique et mental, d’éviter les troubles et de rester actif et autonome.
En 2026, les 65 ans ou plus sont presque aussi nombreux que les moins de 20 ans.
Au 1er janvier 2026, en France, les personnes d’au moins 65 ans sont presque aussi nombreuses que celles de moins de 20 ans : les premières représentent 22,2 % des habitants, les secondes 22,5 % (Insee, 2026e).
Le nombre de personnes âgées d’au moins 65 ans augmente depuis plus de trente ans et ce phénomène s’accélère depuis le milieu des années 2010, avec l’arrivée à ces âges des générations nombreuses du baby-boom, dont les plus anciennes auront 80 ans en 2026. Ainsi, les personnes âgées d’au moins 75 ans représentent désormais 11,1 % de la population, contre 8,2 % en 2006.
En 2025, l’espérance de vie à la naissance s’élève à 85,9 ans pour les femmes et à 80,3 ans pour les hommes (Insee, 2026d).
Évolution du sommeil avec l’âge
Le sommeil de la personne âgée évolue différemment (Tab. 1) : on observe une fragmentation du sommeil, une diminution du sommeil profond, une augmentation du sommeil léger, une avance de phase, une augmentation de la fréquence des éveils nocturnes et des siestes diurnes (sommeil polyphasique) [2].

Les traitements du syndrome d’apnée du sommeil de la personne âgée
Plusieurs facteurs interviennent dans la prise en charge de la personne âgée qui reste une prise en charge globale (Tab. 2). La fragilité est un facteur à repérer au plus tôt afin d’éviter une cascade de complications. Le repérage de la fragilité nécessite l’évaluation de la mobilité, le bilan psychosocial, le bilan cognitif, le bilan nutritionnel. La polypathologie avec la présence de comorbidités diverses est à prendre en compte ainsi que la polymédication.
La pression positive continue (PPC)
Indications et principes
La ventilation en pression positive continue (PPC) est le traitement de référence du syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS). Il est indiqué dans le syndrome d’apnée du sommeil sévère et dans le syndrome d’apnée du sommeil modéré associé à des comorbidités cardio-respiratoires, cardiovasculaires et une somnolence diurne importante.
Ces recommandations n’ont pas de limite d’âge. Chez la personne âgée, une prise en charge individuelle est indispensable en tenant compte des comorbidités, du mode de vie et de l’entourage.
Tolérance et observance
Il faut différencier la tolérance à la pression positive continue (PPC) et l’observance thérapeutique.
La tolérance est la capacité d’acception de la PPC et la facilité d’utilisation. Elle dépend principalement de la survenue d’effets secondaires en lien avec l’interface : le masque, la pression de l’appareil, le confort d’utilisation.
Les effets secondaires possibles pouvant influencer la tolérance sont :
– sécheresse nasale/buccale ;
– rhinite/congestion ;
– irritation cutanée ;
– fuites avec des fuites buccales qui peuvent favoriser des micro-éveils et une fragmentation du sommeil (ATS 2025) ;
– aérophagie ;
– inconfort expiratoire.
L’observance thérapeutique est définie par le temps d’utilisation de la PPC. Actuellement, un minimum de 4 heures est nécessaire et le mieux est d’utiliser la PPC pendant tout son temps de sommeil.
À ce jour, il n’existe pas de méthode standardisée pour évaluer la tolérance des patients au traitement par PPC.
Un questionnaire a été proposé dans une étude réalisée en 2024 à l’hôpital Thomas Jefferson (Philadelphie, États-Unis). Cette étude a montré que les antécédents de dépression étaient un prédicteur positif de la tolérance à la PPC ; à l’inverse, l’insomnie était un prédicteur négatif [3].
D’autres facteurs réduisent la tolérance tels un masque mal ajusté ou non adapté au patient, des réglages de pression inconfortables ou un manque d’information.
Le confort physique, psychosocial et la facilité d’utilisation sont importants pour une bonne tolérance.
Adaptation et personnalisation
Chez les personnes âgées souffrant d’apnée obstructive du sommeil, l’indication et le traitement par PPC doivent être adaptés individuellement et, si un traitement est prescrit, une surveillance régulière doit être envisagée afin de remédier à la non-observance et aux problèmes de tolérance.
Facteurs de non-observance du traitement par PPC chez les personnes âgées
Une autre étude spécifique sur les personnes âgées a montré que chez les patients âgés atteints d’apnée obstructive du sommeil (AOS) traités par PPC et suivis sur le long terme, l’observance du traitement était liée à des problèmes de vie personnelle (voyages fréquents, problèmes familiaux comme plainte du partenaire, nécessité d’aide pour utiliser l’appareil), à une attitude négative envers le traitement et à des problèmes de santé (congestion nasale, écoulement nasal, sécheresse buccale ou saignement nasal, distension abdominale ou ballonnement). Le sexe féminin était également associé à une faible observance de la PPC [4].
Ainsi, il est nécessaire de faire un suivi, un accompagnement plus important, une éducation thérapeutique. La prise en charge du syndrome d’apnée du sommeil (SAS) de la personne âgée traitée par PPC nécessite un investissement fort pour une bonne tolérance et une bonne observance au traitement (Tab. 3).

Adhésion au traitement par pression positive continue (PPC)
Le principal déterminant de l’adhésion au traitement par pression positive continue est en premier lieu la tolérance de l’appareillage.
Ce que nous disent les études
Une étude de 2017 a mis en évidence qu’une observance du traitement par PPC était associée à la sévérité du SAOS, au niveau de la somnolence diurne, à des pressions plus élevées, à des séances d’éducation thérapeutique répétées au cours du suivi, à l’efficacité clinique et à la présence de moins d’effets indésirables [5].
Une étude rétrospective a révélé que la correction chirurgicale de l’obstruction nasale permet d’améliorer l’observance du traitement [6].
Une étude quasi-expérimentale multicentrique afin de déterminer les effets de l’observance du traitement par PPC sur les fonctions cognitives chez les personnes âgées (de 55-85 ans) atteintes d’apnée obstructive du sommeil modérée à sévère et de troubles cognitifs légers amnésiques révèle que les patients âgés atteints de troubles cognitifs légers amnésiques présentent une bonne observance du traitement par PPC, ce qui suggère que l’âge et les troubles cognitifs ne devraient pas constituer un obstacle à la prescription de ce traitement [7].
Une étude de cohorte rétrospective avec des personnes âgées de 65 ans et plus, présentant une maladie cardiovasculaire préexistante, ayant reçu un diagnostic récent d’apnée obstructive du sommeil (AOS), ayant initié un traitement par PPC et ayant été hospitalisés, montre qu’une bonne observance du traitement par PPC était associée à une diminution du risque de réhospitalisation à 30 jours. Ces résultats soulignent l’importance du dépistage et du traitement de l’apnée obstructive du sommeil chez les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires [8].
Une étude a été réalisée en 2017 sur des patients âgés de 65 ans et plus qui ont rempli un questionnaire USE-PAP (Usability of Sleep Apnea Equipment-Positive Airway Pressure). Ce dernier évalue la facilité d’utilisation de leur appareil de PPC et également des questions sur les caractéristiques démographiques et l’auto–évaluation de leur état de santé, démontre que la facilité d’utilisation des appareils de PPC varie chez les patients âgés et est associée à l’observance du traitement, au-delà des autres facteurs prédictifs de cette observance. Ces résultats plaident en faveur de la mesure et de l’amélioration de la facilité d’utilisation des appareils de PPC afin d’accroître l’observance du traitement chez les patients âgés [9].

Cas clinique
Mme G. D.
Antécédents : paludisme, AVC cérébelleux ischémique, thyroïdite de Quervain, surdité mixte appareillé, tachycardie ventri-culaire, hystérectomie, glaucome.
Elle consulte pour troubles de la mémoire et troubles du sommeil.
Son traitement comporte bisoprolol, cartéol, ésoméprazole, miansérine 10 mg le soir, resitune 75, vitamine D.
Ses plaintes étaient insomnie de maintien avec réveils nocturnes fréquents depuis plusieurs mois, épisodes de vertiges avec chutes, fatigue, troubles de la concentration.
Les échelles montraient un Epworth à 2 sans somnolence diurne, une échelle de Pichot à 23 en faveur d’une asthénie associée à une nycturie.
Elle a bénéficié d’une polysomnographie qui montre un temps de sommeil de 5 h 28 avec 75 % de sommeil léger, absence de sommeil profond et 22 % de sommeil paradoxal.
L’indice d’efficacité du sommeil était bas, de 54 %.
Elle présente un syndrome d’apnée du sommeil sévère avec un indice d’apnée et hypopnée à 45 par heure d’origine obstructive.
Les micro-réveils étaient de 35 par heure.
Le bilan de la mémoire est normal avec un MMSE à 30/30, les cinq mots de Dubois à 10/10 avec « 3 indiçages », le test de l’Horloge à 7/7.
Les fonctions exécutives sont bonnes avec un léger ralentissement.
Elle a bénéficié de la mise en place d’une pression positive continue.
Elle était réticente sur l’appareillage mais accepte pour améliorer la qualité de son sommeil et à visée préventive cardiovasculaire.
L’appareillage a donc été mis en place à domicile avec une pression autopilotée entre 4 et 12, un masque nasal type Cara.
Elle se trouve inconfortable avec le masque en place avec une pression sur son nez et demande un changement de masque qui a été fait au bout de 2 semaines pour un N30.
Elle a également bénéficié d’une éducation thérapeutique dans un centre de rééducation à spécificités gériatriques autour des thèmes de sommeil, alimentation et activités physiques adaptées.
L’observance est passée de 5 h 48 à 4 h 48, mais la patiente préfère garder le nouveau masque. L’observance est passée à 6 h 30 au bout de 6 mois d’utilisation.
À chaque consultation, la patiente parle d’une contrainte pour le port du masque, mais reconnaît les bienfaits sur la fatigue et ses troubles attentionnels.
Son insomnie a diminué et était en lien avec les réveils dus aux apnées.
Dans ce cas, la patiente tolère cet appareillage tout en reconnaissant une contrainte avec une bonne observance.
Conclusion
Le SAOS est fréquent et sous-diagnostiqué chez le sujet âgé.
La PPC est le traitement de référence sans limite d’âge.
La tolérance conditionne l’observance.
Ainsi, l’approche doit être globale, individualisée, multidimensionnelle. L’éducation thérapeutique y est centrale. Enfin, l’âge et les troubles cognitifs ne sont pas des freins à la PPC.
L’auteure déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.
Références
- 1. Insee 2026 : insee.fr/fr/statistiques/9004289#onglet-1
- 2. Ecler Ercole Jaqua, MD, MBA, FAAFP, FACLM1; Mary Hanna, MD, FAAFP2; Wessam Labib, MD, MPH1; Clare Moore, DO2; Vartan Matossian, MS33
- Perm J 2023; 27 : 22.114 • 7812/ TPP/ 22. 114.
- 3. J Clin Sleep Med. 1er juillet 2024 ; 20 : 1033-1038. 10.5664/jcsm.11050
- 4. J Thorac Dis. 30 mai 2023 ; 15 : 3488-3500. : 10.21037/jtd-23-8
- 5. Ghrairi H, Khalfallah I, Abid N et al. Adherence to treatment with continuous positive airways pressure Rev Mal Respir 2018 mai ; 35 : 531-537.
- 6. Dufour X, Papon JF. Ann Otolaryngol Chir Cervicofac. Juin 200 3; 120 : 161-6.
- 7. Anderson RM, Le Couteur DG. A Long Tradition in Advancing Aging Biology and Translational Gerontology. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2018 Mar 2 ; 73 : 271-272
- 8. Brock MS, Matsangas P, Creamer JL. J Clin Sleep Med. 2022 Dec 1 ; 18 : 2775-2784.
- 9. Fung CH, Martin JL, Hays RD et al. Patient-Reported Usability of Positive Airway Pressure Equipment Is Associated With Adherence in Older Adults. Sleep. 2017 Mar 1 ; 40 : zsx007.zsx007.

