Troubles psychiatriques et qualité du sommeil : lien identifié par l’IPA  

Le sommeil, l’un des trois piliers de la santé mentale avec l’alimentation et l’activité physique, est souvent perturbé chez les personnes présentant des troubles psychiatriques. L’IPA, grâce à son rôle d’évaluation et à sa prise en soin des troubles du sommeil, contribue à améliorer significativement la qualité de vie de ces patients.

Le sommeil, fondement de l’équilibre psychique et physique

Définition pour une meilleure compréhension 

Le sommeil est l’un des trois piliers d’une bonne santé et d’une bonne santé mentale au même titre que l’alimentation et l’activité physique. Définie comme « une baisse de l’état de conscience qui sépare deux périodes d’éveil », sa qualité et sa régularité sont essentielles pour le bon fonctionnement neuro-physiologique, psychique, émotionnel, social et la qualité de vie de chaque être humain. À titre d’exemple, le sommeil léger préparant le corps au sommeil, permet ainsi le début de la récupération physique, le sommeil profond rend possible une récupération intense, la réparation des tissus et le renforcement immunitaire et le sommeil paradoxal favorise la consolidation de la mémoire, la gestion des émotions et l’apprentissage [1]

Nous pouvons comprendre alors que le sommeil permet de rester en équilibre au quotidien pour faire face aux différentes situations de vie. Il participe ainsi à une bonne santé mentale définie par l’OMS comme « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux diffi-cultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté » [2].

Il s’agit donc d’une préoccupation constante, pour l’infirmier en pratique avancée (IPA) en psychiatrie et santé mentale (PSM) qui accompagne les patients souffrant d’un trouble de santé mental ou d’une maladie psychiatrique. 

Troubles du sommeil et pathologies psychiatriques 

Le sommeil est au cœur de chaque consultation de l’infirmier en pratique avancée en psychiatrie et santé mentale.

Prévalence élevée et liens bidirectionnels

Le trouble du sommeil est très fréquent dans tous les troubles psychiatriques. En effet, ils touchent 85 % des patients dépressifs, 70 à 80 % des patients anxieux, 60 à 70 % des patients ayant un trouble d’usage lié à l’alcool

Les plaintes en lien avec le sommeil peuvent se composer soit d’une hypersomnolence ou d’une insomnie caractérisée, soit d’une difficulté d’endormissement, d’une diminution du temps, de dys-régulation des phases ou de réveils nocturnes fréquents. 

La littérature suggère un lien bidirectionnel. Ainsi, il est démontré dans les troubles schizophréniques des altérations fréquentes du rythme circadien, mais également un sommeil perturbé pouvant aggraver les symptômes psychotiques, les déficits cognitifs qui coïncident souvent avec des épisodes aigus. Pour le trouble bipolaire, les perturbations du sommeil font partie intégrante de la composante diagnostique. Enfin, pour le trouble dépressif caractérisé, le trouble du sommeil (plutôt insomnie en fin de nuit) peut prédire d’un épisode et inversement : l’épisode dépressif peut entraîner les troubles du sommeil [3]

Symptôme = prédicateur ou résidu de l’équilibre ? 

Un trouble du sommeil peut être :

prédictif d’un déséquilibre psychique (e.g. instabilité émotionnelle, irritabilité), d’une pathologie psychiatrique (épisode dépressif caractérisé, anxiété, trouble lié à l’usage de l’alcool) ;  

– le signe d’une rechute, nous pensons par exemple aux troubles schizophréniques venant désorganiser tous les domaines de la vie, de l’humeur…, l’insomnie étant source de fatigue et de ruminations ;

– le symptôme résiduel d’une rémission non complète.  

A contrario, la restauration d’un sommeil de qualité est une porte d’entrée/un signe à la rémission ou au rétablissement de chaque patient. 

L’IPA en psychiatrie et santé mentale : un rôle polyvalent

Prévenir, évaluer et accompagner

Les missions de l’IPA PSM auprès des patients souffrant d’un trouble psychique sont clés. En support aux médecins qui peuvent manquer de temps ou dont les délais peuvent être trop longs, l’infirmier en pratique avancée a toute dans sa place dans l’accompagnement des patients vis-à-vis de leur trouble du sommeil. 

L’IPA se doit de prévenir, de caractériser le trouble, de communiquer l’information, de repérer les comportements inadéquats et de renforcer/soutenir des modifications de comportements si nécessaires. Il peut également soutenir le déprescription d’hypnotiques.

Des actions concrètes et adaptées 

Lors des consultations, accueillir la plainte du trouble doit être un moment de réflexion, toujours en cherchant les comorbidités non psychiatriques comme des douleurs, des troubles neurologiques et les troubles spécifiques du sommeil à l’instar du syndrome des jambes sans repos ou le syndrome d’apnées obstructives du sommeil. Accueillir cette plainte permet également d’écouter les conséquences du trouble du sommeil sur la qualité de vie des patients. En effet, ces troubles peuvent avoir une incidence majeure dans tous les domaines de vie des patients que cela soit physique (douleurs, fatigue), professionnel (trouble de la concentration et de l’attention), relationnel (irritabilité, dysrégulation émotionnelle), familial.

Après une évaluation rigoureuse, l’accompagnement demande du temps et doit être adapté à chaque patient. 

Cas cliniques 

« Nous pensons à cette patiente, venant consulter pour trouble dépressif, qui prenait deux hypnotiques pour soulager des troubles de l’endormissement. Un long travail (plusieurs mois) de prise de conscience et de soutien a permis de déconstruire un comportement inadéquat. En effet, elle regardait la télévision dans son lit à partir de 20 h, s’endormait jusqu’à 21 h 30, puis ne se rendormait plus. »

« Cet autre patient, suivi pour trouble bipolaire, qui présentait depuis de nombreuses années des réveils quotidiens aux alentours de 3 h du matin sans pouvoir se rendormir après. Le fait d’avoir aidé le soignant à construire un atelier autour du sommeil lui a permis de comprendre les différentes phases du sommeil. Cette information l’a mis en mouvement pour ne plus se lever, fumer et boire un café lors de ces réveils. Il a  ainsi pu récupérer un rythme de sommeil naturel avec une nuit complète. » 

Ces deux patients cités sont parmi tant d’autres, pour lesquels il faut prendre le temps de déconstruire des habitudes parfois contre-indiquées pour la santé. Grâce à ses compétences, l’IPA peut avoir plusieurs axes d’action. En voici quelques exemples :  

atelier « flash » auprès de patients souffrant d’un trouble psychique en intrahospitalier pour expliquer les différentes phases du sommeil ;

consultation de suivi ou avancée (en maison de santé) : proposer aux patients, ayant un trouble de santé mentale, des consultations axées sur le sommeil via l’utilisation d’outils comme l’agenda du sommeil permettant un repérage de comportement inadéquate et de facto le renforcement des modifications de comportement avec des entretiens motivationnels ;

éducation thérapeutique où il est consacré au moins une séance au sommeil sur chaque groupe « schizophrénie », « trouble dépressif », « trouble de la personnalité limite » ;

faciliter la déprescription ou apporter une vigilance à la sur-médication pour les patients suivis dans un centre médico-psycho-logique ; 

être support ou facilitateur aux actions de recherche sur le sommeil ; 

partage d’informations auprès des collègues soignants sur les dernières recommandations et les outils utiles au changement.  

Conclusion 

Les altérations du sommeil sont très fréquentes et retentissent sur la santé et la qualité de vie des personnes ayant un trouble de santé mentale et/ou psychiatrique. Il est à noter qu’un sommeil de mauvaise qualité et non régulier peut être un facteur de maladie, de comorbidité qu’elle soit physique et ou psychique. 

L’IPA, grâce à ses compétences et ses missions diverses, est un acteur de soins pour être support aux médecins, pour transmettre des informations fondées sur les Evidence Based Nursing aux soignants et pour accompagner chaque patient dans un contexte de trouble du sommeil. 

Il serait pertinent de poursuivre cette réflexion par un travail de recherche qui répondrait à la question suivante : « L’IPA, en psychiatrie et santé mentale, un maillon essentiel pour le sommeil des patients souffrant de trouble de santé mentale et/ou psychiatrique ? »

Références

  • 1. Geoffroy PA. Sommeil et santé mentale : troubles du sommeil et des rythmes biologiques associés aux troubles psychiatriques. Elsevier Health Sciences ; 2025.
  • 2. Santé mentale [Internet]. [cité 20 avr 2026]. Disponible sur : 
  • www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/sante-mentale.
  • 3. Coelho J, Samalin L, Yrondi A et al. La santé du sommeil comme marqueur et cible d’intervention dans les troubles psychiatriques. 
  • Med Sci 2025 ; 41 : 477‑89.