
Quel plaisir d’être chargée d’animer cette nouvelle rubrique en partenariat avec lemondedusommeil.fr. L’idée est de faire un point à chaque numéro d’Éveil & Sommeil sur ce qui s’est passé dans le monde du sommeil, selon un prisme différent. Ce que l’on peut dire, c’est que ça bouge !
En juillet 2025, une feuille de route sommeil a été annoncée par le gouvernement avec des objectifs tournés vers l’information, la formation et la prévention pour ancrer l’idée que le sommeil est un pilier de la santé. Même sans financement dédié, le fait que le gouvernement s’empare de la question est un formidable booster que l’on peut apprécier avec des déblocages assez importants en termes de reprise de la thématique dans les instances administratives, pour les programmes de recherche, et même au niveau sociétal.
Et ça marche !
Le sommeil s’invite dans le débat public. Pas moins de deux tribunes dans Le Monde sur le sommeil en mars. Pour la première fois en 25 ans d’existence de l’INSV, grand organisateur de la Journée du sommeil, le gouvernement a relayé l’évènement sur son site et sur LinkedIn lui accordant une visibilité institutionnelle. Les médecins semblent s’intéresser enfin au sommeil avec la vénérable Académie nationale de Médecine qui vient de publier un premier rapport sur le sommeil : « Le sommeil de l’enfant et de l’adolescent ». L’Académie reconnaît ainsi l’importance du sommeil, et l’on espère que cela débouchera sur une vraie formation sur le sommeil au cours des études de médecine. Sans compter l’attention portée au sommeil de nos jeunes, une vraie préoccupation pour nous, spécialistes.
En effet, le déficit de sommeil touche une part importante des enfants et des adolescents, avec des durées souvent inférieures aux besoins physio-logiques. Ses effets sont bien documentés : baisse de l’attention, difficultés scolaires, troubles du comportement, risque accru d’obésité, de troubles métaboliques, anxieux et dépressifs. Le rapport souligne aussi l’effet négatif des écrans le soir : lumière bleue, contenus stimulants, interactivité, aggravent la désynchronisation veille-sommeil, surtout à l’adolescence. Plusieurs facteurs l’expliquent : contraintes sociétales (horaires chargés, pression scolaire, transports, activités tardives, réseaux sociaux), facteurs familiaux (absence de rituels, règles floues, méconnaissance des besoins de sommeil) et facteurs individuels ou patho-logiques (insomnie, parasomnies, SAHOS, troubles du rythme circadien), et certains troubles neuro-développementaux ou psychiatriques.
Que faire ?
Le rapport recommande de créer un Observatoire national du sommeil de l’enfant et de l’adolescent, de soutenir la recherche sur le lien entre sommeil et apprentissages, et d’intégrer davantage le sommeil dans le carnet de santé, l’éducation à la santé et la formation des professionnels. Ses propositions ? Adapter les rythmes scolaires, développer une éducation au sommeil dès l’école, diffuser aux familles des repères clairs : horaires réguliers, réduction marquée des écrans le soir, environnement de sommeil adapté et recours précoce à une évaluation spécialisée. Enfin, il rappelle qu’améliorer le sommeil constitue un levier majeur de prévention en pédopsychiatrie et de -santé publique.
Pourvu qu’il soit entendu…
Quid de l’IA ?
Autre actualité : l’intérêt de l’IA dans le SAOS, maladie fréquente qui toucherait selon les chiffres les plus alarmistes, près de 1 milliard de personnes dans le monde. Ses conséquences sur la santé sont bien connues. La PPC (pression positive continue) est le traitement de référence à condition d’être portée suffisamment longtemps chaque nuit…
La manière dont l’IA va aider nos patients pour améliorer le traitement a été mise en évidence*. D’abord, elle observe les comportements. À partir des données enregistrées chaque nuit par les appareils (durée d’utilisation, fuites, événements respiratoires…), des algorithmes regroupent les patients en profils : utilisation régulière de leur CPAP, décrochage progressif et alternance de périodes d’usage et d’abandon. Ces profils apparaissent très tôt, souvent dans les 2 premières semaines, et annoncent ce qui se passera à 3 mois. En effet, l’IA sert à prédire l’avenir. En donnant à un modèle les données des premiers jours (usage, fuites, symptômes, comorbidités, questionnaires), on peut estimer avec une bonne précision quel patient sera adhérent ou non, et combien d’heures par nuit il utilisera son appareil. Les prédictions sont particulièrement fiables pour les horizons de quelques semaines à trois mois. Enfin, l’IA et les outils numériques sont intégrés dans des programmes de télé-suivi : applications, plateformes connectées, alertes automatiques, messages personnalisés. Ces systèmes permettent de repérer rapidement les patients en difficulté et d’adapter le suivi (conseils, appels, réglages techniques). Plusieurs études montrent qu’ils augmentent en moyenne l’usage de près d’une heure par nuit, améliorent les taux d’adhésion et réduisent les abandons.
In fine, l’IA ne remplace pas la relation soignant-patient, mais elle offre un indicateur précoce et des outils pour personnaliser le suivi, concentrer les efforts là où ils sont le plus utiles, et donner à la PPC toutes ses chances d’être vraiment efficace.
*academic.oup.com/sleep/advance-article/doi/10.1093/sleep/zsag097/8607007?rss=1

